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“L’Icam doit continuer de croître autour de trois dimensions : technique, humaine et spirituelle”  - La Fondation Féron-Vrau - Groupe Icam

“L’Icam doit continuer de croître autour de trois dimensions : technique, humaine et spirituelle” 

Vie de la fondation

Le père Bruno Régent a d’abord rejoint l’Icam pour y enseigner les mathématiques. Quarante ans plus tard, c’est du poste de vice-président de la Fondation Féron-Vrau, qu’il s’apprête à quitter le navire. Un navire singulier dont l’ouverture à l’autre et au monde a toujours dicté son développement.

Quels sont les trois mots que vous choisiriez pour définir l’Icam ?  

Je dirai Finir, Ensemblier et Humain. Le premier reprend la devise de l’Icam. Finir, c’est à dire aller au bout, savoir terminer et faire en sorte que cela marche. D’un côté, il y a ici la formation d’ingénieur dans laquelle on ne peut pas se permettre l’à-peu près ; de l’autre, il y a le service rendu qui doit effectivement l’être. 

Ensuite, ensemblier, car un ingénieur doit savoir tenir des aspects différents, complémentaires, voire contradictoires entre des dimensions humaines, politiques, techniques. On insiste beaucoup aujourd’hui sur l’informatisation, l’automatisation, mais il lui faut toujours comprendre et avancer avec le sens de l’humain. Il faut ainsi essayer d’avoir une dimension intérieure qui fait qu’on ne se contente pas simplement d’une forme de réalisme mais que la vie de chacun respire d’un espace où l’on nourrit quelque chose d’une confiance mutuelle, d’une foi dans la collaboration avec d’autres. La dimension humaine touche à quelque chose qui a une saveur profonde. 

Comment avez-vous connu l’Icam?

Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas beaucoup de capacités et de compétences, sinon celle d’enseigner les mathématiques. J’ai exercé huit années dans le secondaire, à Amiens. Puis en 1980, à la demande de mes supérieurs, j’ai rejoint l’ICAM, à Lille, où j’ai enseigné dans les classes préparatoires Icam-Isen durant six ans. J’ai ensuite pris la direction du premier cycle, avant celle du cycle ingénieur en 1987. 

Que retiendrez-vous de votre passage à l’Icam ?

J’y ai appris à travailler. Je me suis retrouvé avec ce que j’estime être beaucoup de responsabilités, et il a fallu que j’apprenne à m’organiser, à hiérarchiser, à faire des choix. 

Mon passage à l’ICAM m’a aussi permis une grande ouverture sur le monde de l’entreprise car il avait l’ambition étonnante de faire vivre une école d’ingénieur avec une culture d’entreprise. Il m’a donné les raisons sociales de visiter 60 à 70 entreprises par an : ateliers, bureaux d’études, centres de recherche…  

Rappelez-nous les valeurs de l’Icam ?

L’ambition est d’y voir des jeunes dotés d’une capacité d’initiative forte ; des jeunes animés par une vie de promo ; des jeunes qui s’interrogent sur leurs compétences, sur ce qu’ils ont envie de faire, sur le meilleur service à rendre ; des jeunes qui s’épanouissent parce qu’ils tirent quelque chose du vivre-ensemble. 

L’Icam s’organise pour faire vivre les étudiants avec une ouverture sur des réalités sociales et internationales. Ce n’est pas une formation en vase clos, mais un établissement qui amène à prendre conscience qu’être ingénieur, c’est avoir acquis des compétences et des responsabilités qui permettent de développer une solidarité envers toutes les populations. 

Les Jésuites ont fondé l’école. Quelle trace ont-ils laissée sur la pédagogie ?

Ils l’ont marquée de cette ouverture sociale et internationale qui caractérise aujourd’hui l’école. Je crois beaucoup à toute la question humaine d’un développement intégral de chacun et pas seulement d’une intelligence pure. Si j’en reviens à ce mot “finir”, la pédagogie de l’Icam a toujours été d’insister tant sur les cours théoriques que sur les travaux dirigés ou pratiques, les heures passées en laboratoire. Ce souci de “finir” passe par une expérimentation, pour que cela marche, il faut toucher à du matériel. Les ingénieurs ne sont pas seulement des grosses têtes, il faut qu’il aient aussi les mains et le cœur !  

Parlez-nous de la pédagogie de la décision.

Dans toute existence humaine, si l’on veut bien grandir, il faut assumer, décider et ne pas se laisser vivre. Au quotidien, il faut savoir se lever, se coucher, dire oui ou non. C’est ça la pédagogie ignatienne. A l’Icam, la liberté de chacun est sollicitée sur l’ensemble du cycle ingénieur. Ici, on ne peut pas repasser un examen raté ou redoubler une année. Le contrôle des études s’organise sur trois ans : ça passe ou ça casse ! Aux étudiants de décider ce qu’ils veulent vivre. Ce n’est pas à l’école de le faire. 

Un message à ceux qui hésitent à soutenir l’Icam ?

Dans le concert international des écoles d’ingénieurs, l’Icam a une touche particulière. Elle a une manière de concevoir l’international comme une rencontre de cultures, comme une ouverture aux autres. Ce n’est pas seulement l’occasion de pratiquer des langues étrangères ou de devenir de bons commerciaux. 

L’Icam se développe rapidement à l’international car nombre d’acteurs ont saisi cette manière de faire. J’ai beaucoup de plaisir à voir qu’au Brésil, en Afrique, en Inde, sans doute demain, aux Philippines ou au Kenya, les acteurs ont envie de travailler entre eux dans des rapports Sud-Sud, qu’ils voient en l’Icam un lieu de circulation, de coopération. Ce n’est pas un lieu de transfert Nord-Sud, mais une plateforme qui permet à tous de s’enrichir. 

Soutenir l’Icam, c’est soutenir ces développements locaux afin que ces pays deviennent des partenaires humains, et non seulement économiques. C’est soutenir un projet politique au sens fort du terme, un projet de construction au niveau mondial qui, je crois, n’a pas d’égal. 

Que souhaitez-vous à l’Icam pour les prochaines années ?

De continuer à trouver des hommes et des femmes qui poussent son projet et qui l’aident à se poursuivre. C’est un défi permanent que de dénicher des collaborateurs qui se rendent compte de la profondeur de celui-ci et qui sont prêts à mouiller le maillot ! 

Je souhaite enfin que sa spécificité ne se perde pas. Que sa croissance et son développement continuent de se faire de manière qualitative, en mêlant des dimensions technique, mais aussi humaine et spirituelle.